Nicolas Robine – Avocat

Projet de vie MDPH : 7 erreurs à éviter

Le projet de vie MDPH permet d’expliquer votre situation, vos besoins et vos attentes avec vos propres mots. Il aide l’équipe pluridisciplinaire à comprendre les conséquences concrètes du handicap dans votre vie quotidienne.

Cette partie du dossier ne remplace pas le certificat médical. Elle le complète. En effet, la MDPH ne s’intéresse pas seulement au diagnostic. Elle doit aussi évaluer les limitations, les besoins de compensation et l’environnement de la personne.

Le site officiel Mon Parcours Handicap rappelle que le droit à compensation se construit à partir des besoins et des attentes exprimés dans le projet de vie. La décision de la CDAPH s’appuie notamment sur la partie B du formulaire MDPH consacrée à la vie quotidienne.

À quoi sert le projet de vie MDPH ?

Le projet de vie aide la MDPH à comprendre ce que les documents médicaux ne montrent pas toujours.

Un compte rendu peut décrire une pathologie, un trouble ou une déficience. Toutefois, il n’explique pas nécessairement les difficultés rencontrées pour se lever, s’habiller, sortir, travailler, étudier, communiquer ou s’occuper de son enfant.

L’équipe pluridisciplinaire évalue les besoins de la personne en fonction du projet de vie exprimé. Elle élabore ensuite des propositions soumises à la CDAPH.

Le projet de vie peut donc présenter :

  • votre situation actuelle ;
  • vos difficultés quotidiennes ;
  • les aides déjà utilisées ;
  • l’aide apportée par vos proches ;
  • vos besoins non couverts ;
  • vos projets scolaires ou professionnels ;
  • les aides et orientations demandées ;
  • les changements que vous espérez obtenir.

Il ne s’agit pas d’écrire un texte parfait. Il faut surtout permettre à la MDPH de comprendre votre réalité.

Erreur n° 1 : décrire uniquement le diagnostic

Écrire « je souffre de fibromyalgie », « mon enfant est autiste » ou « j’ai un TDAH » ne suffit pas.

La MDPH doit connaître les conséquences fonctionnelles du handicap. Deux personnes ayant le même diagnostic peuvent rencontrer des difficultés très différentes.

Il faut donc préciser, par exemple :

  • ce que vous ne pouvez plus faire ;
  • ce que vous pouvez faire seulement avec de l’aide ;
  • ce que vous réalisez plus lentement ;
  • ce qui provoque une fatigue importante ;
  • les activités qui entraînent des douleurs ;
  • les risques auxquels vous êtes exposé ;
  • les tâches que vous devez abandonner.

Le diagnostic figure déjà dans les documents médicaux. Le projet de vie doit montrer ce qu’il change concrètement.

Erreur n° 2 : rester trop général

Les phrases telles que « je suis très fatigué », « mon enfant a besoin d’aide » ou « je rencontre des difficultés au travail » restent trop imprécises.

Il faut décrire des situations concrètes.

Vous pouvez indiquer :

  • la distance que vous pouvez parcourir ;
  • le nombre de pauses nécessaires ;
  • le temps consacré aux soins ;
  • la fréquence des crises ;
  • le nombre de nuits perturbées ;
  • l’aide nécessaire pour préparer les repas ;
  • les rendez-vous hebdomadaires ;
  • les absences scolaires ;
  • les difficultés à tenir une journée complète de travail.

Les exemples permettent de rendre visibles des difficultés qui ne le sont pas toujours lors de l’évaluation.

Erreur n° 3 : minimiser les difficultés par habitude

De nombreuses personnes s’adaptent depuis plusieurs années. Elles finissent par considérer comme normales des contraintes pourtant importantes.

Vous pouvez, par exemple, avoir organisé toute votre journée autour de la fatigue. Un proche peut préparer les repas, conduire, gérer les démarches ou surveiller l’enfant. Ces aides deviennent habituelles et ne sont plus décrites.

Pourtant, elles doivent apparaître dans le dossier.

Il faut donc distinguer :

  • ce que vous faites seul ;
  • ce que vous faites avec difficulté ;
  • ce que vous faites grâce à une aide ;
  • ce que vous ne faites plus ;
  • ce que votre entourage réalise à votre place.

L’aide familiale ne signifie pas que le besoin a disparu. Elle peut, au contraire, révéler un besoin de compensation.

Erreur n° 4 : ne pas expliquer la variabilité du handicap

Certains handicaps ne produisent pas les mêmes effets chaque jour.

Les douleurs, la fatigabilité, les troubles psychiques, les crises ou les troubles cognitifs peuvent varier. Une personne peut paraître autonome pendant une courte période, puis être incapable d’accomplir les mêmes tâches le lendemain.

Il faut expliquer :

  • la fréquence des jours difficiles ;
  • la durée des épisodes ;
  • les facteurs aggravants ;
  • le temps de récupération ;
  • les conséquences après un effort ;
  • l’impossibilité de prévoir certaines crises.

Ne décrivez pas seulement votre meilleur jour. Ne décrivez pas non plus une situation exceptionnelle comme si elle était permanente. Présentez la réalité habituelle et ses variations.

Erreur n° 5 : demander une aide sans expliquer le besoin

Écrire uniquement « je demande l’AAH », « je veux une AESH » ou « je sollicite la PCH » ne permet pas toujours de comprendre pourquoi cette réponse est nécessaire.

La demande doit être reliée aux difficultés constatées.

Par exemple :

  • une aide humaine peut être liée à l’impossibilité de réaliser certains actes ;
  • une AESH peut répondre à des besoins d’attention, de communication ou de sécurité ;
  • une CMI peut être demandée en raison de difficultés importantes de déplacement ;
  • une RQTH peut être utile pour aménager ou maintenir l’emploi ;
  • une orientation peut répondre à l’impossibilité de poursuivre dans le cadre actuel.

La CDAPH attribue des droits et des orientations en fonction de l’évaluation des besoins et des conditions propres à chaque prestation. Le projet de vie ne remplace donc pas les critères juridiques, mais il aide à comprendre la demande.

Erreur n° 6 : oublier l’environnement et les aidants

Le handicap doit être décrit dans son environnement réel.

Une personne peut paraître autonome uniquement parce que son conjoint, ses parents ou ses enfants compensent chaque difficulté. De même, un logement inadapté, l’absence de transports ou l’éloignement des soins peuvent aggraver la situation.

Précisez notamment :

  • qui vous aide ;
  • pour quelles tâches ;
  • à quelle fréquence ;
  • pendant combien de temps ;
  • les conséquences sur l’aidant ;
  • les difficultés liées au logement ;
  • les contraintes de transport ;
  • l’absence de solutions disponibles ;
  • les aménagements déjà mis en place.

La compensation est individualisée. Elle dépend de la situation, de l’environnement, des besoins et du projet de vie de la personne.

Erreur n° 7 : copier un modèle qui ne correspond pas à votre situation

Un exemple trouvé sur internet peut aider à organiser les idées. Toutefois, il ne doit pas remplacer votre propre récit.

Un texte trop standardisé peut contenir :

  • des difficultés que vous ne rencontrez pas ;
  • des demandes sans rapport avec votre situation ;
  • des formulations excessives ;
  • des incohérences avec le certificat médical ;
  • des informations concernant une autre prestation.

Le projet de vie doit rester personnel et cohérent avec les pièces jointes.

Il vaut mieux utiliser des phrases simples et exactes qu’un texte très juridique ou médical qui ne correspond pas à votre quotidien.

Comment organiser son projet de vie MDPH ?

Une structure claire peut faciliter la lecture.

1. Présenter votre situation

Indiquez votre âge, votre situation familiale, votre logement, votre scolarité ou votre emploi.

2. Décrire le handicap

Présentez brièvement les troubles, leur évolution et les soins en cours.

3. Expliquer les difficultés quotidiennes

Décrivez les déplacements, les soins personnels, les repas, la communication, la gestion administrative, le sommeil et la vie sociale.

4. Présenter la scolarité ou le travail

Expliquez les difficultés, les absences, les aménagements existants et ceux qui restent nécessaires.

5. Décrire l’aide de l’entourage

Précisez les tâches assurées par les proches et le temps consacré.

6. Présenter les besoins non couverts

Expliquez ce qui manque aujourd’hui pour préserver l’autonomie ou éviter une dégradation de la situation.

7. Indiquer vos attentes

Présentez les aides, orientations ou aménagements souhaités et leur utilité concrète.

Faut-il joindre le projet de vie sur une feuille séparée ?

Vous pouvez compléter la partie B du formulaire officiel de demande à la MDPH. Si l’espace est insuffisant, vous pouvez joindre un document séparé en indiquant clairement qu’il complète cette partie.

Le formulaire officiel de demande à la MDPH est le Cerfa n° 15692*01.

Numérotez les pages et indiquez le nom de la personne concernée sur chaque document. Conservez également une copie intégrale du dossier envoyé.

Le projet de vie peut-il remplacer les pièces médicales ?

Non.

Le dossier comprend notamment le formulaire et le certificat médical. L’équipe pluridisciplinaire peut aussi demander des informations complémentaires auprès de la personne, de son entourage ou des professionnels qui participent à sa prise en charge.

Le projet de vie et les pièces médicales doivent donc se compléter :

  • le médecin décrit les troubles et leurs conséquences médicales ;
  • les bilans précisent certaines limitations ;
  • le projet de vie décrit leurs effets dans la réalité quotidienne.

Liens utiles

Formulaire officiel de demande à la MDPH

Comprendre le droit à compensation

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